Anthony Deroin, ancien milieu de terrain du Stade Malherbe de Caen, club pour lequel il détenait durant un temps le record d’apparitions dans l’histoire du club avec plus de 400 matchs disputés au plus haut niveau a accepté de nous accorder une interview dans laquelle plusieurs sujets sont abordés comme sa carrière, son attachement pour son club de cœur, l’évolution du football et pleins  d’autres sujets encore. 

Bonjour Anthony, pour commencer cet entretien, est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurs s’il te plait ?

Bonjour, Anthony Deroin, 44 ans, ancien footballeur professionnel et maintenant reconverti un peu dans le domaine du sport. J’ai un magasin de sports et je suis toujours fan et supporter du Stade Malherbe de Caen, bien sûr.

Est-ce que tu peux nous expliquer comment a évolué ta passion pour ce sport ? Pourquoi tu t’es penché justement sur le football et pas un autre sport ?

En fait, je crois que c’était inné. Je crois que je suis né avec un ballon dans les pieds. Je regarde les photos d’archives de maman et j’ai des photos où je suis toujours avec un ballon, mon grand frère, pareil, il jouait au foot lui aussi. Donc on a une famille de footballeurs. Tout le monde a toujours joué au foot. Je pense que dans notre famille, c’est le foot en priorité.

Peux-tu nous parler de ton parcours juste avant d’être devenu footballeur professionnel ? 

Quand j’étais tout petit, j’avais tendance à suivre le parcours de mon grand frère, mon aîné de trois ans. Donc je bourlinguais de club en club et j’ai commencé à Otis dans un tout petit club de campagne. J’ai fait trois ou quatre petits clubs comme ça au Audry Ros. Et puis, au fur et à mesure, mes parents ont vu que j’avais certaines qualités. Donc ils ont commencé à chercher des clubs un peu plus huppés. Donc je jouais à la Maladrerie, une année après, je suis arrivé à Villers-Bocage quand j’avais douze – treize ans, sur les installations qui n’étaient pas comme ça à l’époque. Je suis arrivé au Stade Malherbe de Caen, à l’âge de quatorze ans et j’ai fait toute ma formation jusqu’à mes 18 ans au Stade Malherbe de Caen. Et puis j’ai eu la chance d’être professionnel à l’âge de 18 ans. Faire mes premiers matches à l’âge de 18 ans et faire une carrière assez longue de quinze années chez les professionnels. Et puis après, je suis revenu aux sources avec la famille et puis j’ai continué à prendre du plaisir, à jouer au foot.

Tu as dû faire de nombreux sacrifices pour devenir footballeur professionnel ? 

Oui, mais les gens autour ont l'impression que ce sont des sacrifices. Après, je suis tellement passionné de football et j'avais tellement envie d'atteindre le plus haut niveau que pour moi, ce n'était pas des sacrifices. Après, je sortais moins que les gens de ma génération, mais pour moi, ce n'était pas un problème. Je n'avais pas de manque. Mais le seul truc dont j'avais envie, c'était d'aller taper le ballon le matin. Quand on a la chance à 18 ans, d'en faire son métier, de se lever, d'être payé pour jouer au football, taper dans un ballon et faire des entraînements, je pense qu'il y a pire dans la vie. Donc j'ai eu beaucoup de chance de vivre de ma passion.

Selon toi, quelles sont les qualités indéniables qu'un joueur à ton poste doit avoir pour exceller dans son rôle ?

Alors déjà pour atteindre le haut niveau, il faut être très, très fort mentalement parce qu'on est beaucoup. À l'âge de douze ans, j'étais certainement pas le plus fort de ma génération. Par contre, j'avais peut être un mental un peu plus fort que les autres. Et voilà, je savais où je voulais aller après. Après en ce qui concerne les qualités, je suis mieux dans mon rôle de milieu de terrain. J'étais relayeur, donc beaucoup de qualités techniques, une bonne vision du jeu et de distributeur. Moi, mon rôle était avant tout de faire jouer l'équipe et j'adorais ça.

Comment s'est passée ton aventure au Stade Malherbe de Caen ?

C'était une superbe aventure. Moi, j'ai fait un courrier quand j'avais dix - onze ans à la ligue en leur disant que je voulais jouer au Stade Malherbe et que je me demandais comment faire. C'était mon objectif à cet âge là. Donc j'ai eu la chance d'arriver à quatorze ans au Stade Malherbe et de pouvoir jouer en pro à l'âge de 18 ans. Après, c'est vrai qu'un chemin professionnel, c'est toujours un peu compliqué. On n'est pas toujours au top niveau donc j'ai connu deux ou trois années excellentes avec en plus de ça des sélections en équipe de France. Tout ça, c'était vraiment top. Et puis à un moment donné, un trop plein. Un coach qui me fait un peu moins confiance, donc des difficultés. On se remet en question et on retravaille. On travaille à fond pour revenir. Et puis un jour, j'ai eu une année un peu compliquée et puis après, c'est revenu. J'ai eu la chance de faire dix - onze ans en faisant tous mes matches, en faisant pratiquement une trentaine de matches par saison.

Et comme tu as pu le dire précédemment, il y a aussi beaucoup de concurrence. Donc ça fait partie d'une des causes pour lesquelles il faut rester fort mentalement.

Et puis on a eu la chance à Malherbe d'avoir une concurrence très, très saine. On était tous potes et on avait tous envie de prendre la place de l'autre. Mais c'était dans un bon état d'esprit et je pense que ça nous a beaucoup servi. Mais oui, l'idée était là. Moi je suis arrivé, le club était en Ligue 2. L'idée était de le faire monter en Ligue 1. On a fait le maximum, ça a pris sept ans. C'était super long pour arriver en Ligue 1. Mais une fois qu'on a touché le Graal, c'est vrai qu'on a construit une équipe, un groupe qui a réussi à atteindre ce niveau là. Après, on a eu des hauts et des bas, on est redescendu, on est remonté, on a fait que ça pendant quelques années. Mais voilà, j'ai eu la chance de côtoyer de superbes joueurs et puis de jouer au plus haut niveau.

Tu as fait toute ta carrière dans un seul et unique club, le Stade Malherbe de Caen. Peux-tu nous en expliquer les raisons ?

Oui, après, c'est vrai que j'avais un agent que je n'ai jamais vraiment sollicité pour aller chercher d'autres clubs non plus, à part l'année où le coach m'avait dit qu'il ne comptait pas sur moi et j'avais même été faire un essai dans un autre club de Ligue 2. Je me rappelle parce que j'avais marqué deux buts lors de cet essai et le club ne m'avait même pas pris. J'ai continué au Stade Malherbe. Pascal Théault, à l'époque, qui m'avait fait monter, qui ne me faisait plus confiance à ce moment là s'est fait licencier et un autre coach est arrivé. J'ai eu une nouvelle chance, je me suis remis au travail et puis ça a fonctionné.

Comment avez vous vécu votre sacre de champion de France en Ligue 2 avec ton club formateur lors de la saison 2009 - 2010 ?

Oui, on a connu plusieurs montées et c'est vrai qu'elles étaient toutes plus fortes les unes que les autres. La première montée a vraiment été très, très forte. Celle ci comme les autres, c'est une aventure d'une année avec eux, avec des gars, avec des joueurs, avec un public, parce qu'on a beaucoup de gens qui nous suivent à l'extérieur. On a beaucoup de gens qui sont derrière nous à la maison, donc c'est ce que je retiens de ces années de montée. C'est autant le partage qu'il y a avec les joueurs qu'avec l'environnement autour, nos supporters et nos familles.

Du coup, tu entretenais une certaine proximité avec les spectateurs ?

Oui, à l'entraînement, j'entretenais ça. J'étais toujours très abordable avec les supporters. Après, c'est vrai que pour aller faire des anniversaires ou des trucs comme ça, je l'étais beaucoup moins. Parce que c'est vrai qu'à l'époque, c'était quand même beaucoup ce genre de choses. Beaucoup de demandes d'autographes, des choses comme ça. Mais au fur et à mesure, le club s'est professionnalisé aussi un petit peu. Il y a des structures qui ont été montées pour gérer un petit peu tout ça. Mais c'est vrai qu'on avait nous, à l'époque, les supporters qui étaient au bord du terrain. C'était convivial, on voyait qu'on faisait partie de leur famille.

Quel est ton ressenti sur le fait que tu sois le deuxième joueur le plus capé de l'histoire du Stade Malherbe de Caen ?

Je ressens une grande fierté d'avoir fait toute ma carrière dans un seul et même club. Après, je ne suis pas mieux que quelqu'un d'autre qui a fait 400 matchs avec plusieurs clubs. Moi, j'avais mon environnement, j'avais un équilibre ici, donc j'avais de super structures. Voilà, j'avais le niveau, j'avais tout ce qu'il fallait. Une vie de famille à côté aussi où il fallait trouver un équilibre. Donc je n'étais pas dans l'idée d'aller trimballer à droite, à gauche. Ce n'était pas mon objectif premier. Je suis très content d'être le deuxième joueur le plus capé, même si je n'en tire aucune gloire. C'est des stats. Mais comme je le disais tout à l'heure, je ne fais pas trop attention à ça. On m'a dit un jour que j'ai fait 400 matches. Je suis très content de les avoir fait et je suis très content que Nico (Nicolas Seube) ait dépassé le record et soit à 500 matchs et quelques.

Peux tu nous expliquer pour quelles raisons on te surnommait Titi ou encore le Président ?

Alors Titi, ça a commencé quand j'avais l'âge des petits, quand j'ai commencé à jouer au foot. C'est mes parents qui m'ont raconté ça. Un petit papi qui était au bord du terrain, qui m'appelait Titi et du coup, c'est resté. Mais le plus étonnant, c'est que même quand j'allais dès fois dans des équipes qui ne me connaissaient pas, le surnom était resté. C'est resté comme ça. Je suis arrivé quand j'ai commencé à faire mes armes un peu avec le groupe pro. Certains joueurs ne connaissaient même pas mon prénom. Ils m'appelaient Titi, mais ils ne savaient pas comment c'était mon prénom. Au bout de trois mois, ils m'ont dit : "mais c'est comment ton prénom ?" Après le Président, je pense que c'est venu parce que j'avais fait beaucoup, beaucoup de matches et puis que j'étais président à côté d'un autre club de foot amateur. Donc je pense que le surnom de Président est venu de ma double fonction. Mais je te dis, je suis un passionné du football. Donc l'idée, c'est de le partager, donc de créer un club de foot avec un pote, avec toute ma famille derrière moi. Je pense que c'est redonner un peu aux amateurs la chance que j'ai eu moi.

Peux tu nous raconter comment tu as été sélectionné en équipe de France Espoirs ?

Oui, ça c'est pareil. Ça va dans la continuité un peu des matchs avec les pros. À partir du moment où tu es jeune et que tu joues en Ligue 2, forcément que t'es un peu plus vu, on te regarde et puis on te sélectionne. C'est venu naturellement avec les matchs en Ligue 2.

Comment s'est passé le tournoi de Toulon en 1999 que tu as disputé avec la sélection nationale Espoirs ?

C'est pareil. C'est une très, très belle expérience parce que même quand on regarde un peu en arrière, j'avais la chance de jouer avec beaucoup de joueurs qui étaient en Ligue 1 à l'époque. Des Malbranque, des Dalmat, Anelka qui faisaient partie de la liste aussi à l'époque. J'ai eu la chance de côtoyer de très très grands joueurs et c'est surtout ça que je retiens. J'ai même eu Raymond Domenech à cette époque là, qui était mon coach. Donc quand on voit ça un petit peu dans le rétroviseur, on se dit qu'on a quand même vécu de belles années sur le moment. Alors on profite du truc. Mais moi je profite du moment, comme là, je profite du moment. Je prends autant de plaisir à faire un match de foot avec 50 petits que d'avoir fait une sélection en équipe de France.

Qu'est ce que cela te procurait le fait de jouer pour ton pays natal ?

La première fois qu'on entend la Marseillaise, c'est vrai que c'est quelque chose et on voit ça à la télé. C'est vrai que je regarde pas beaucoup les matches mais les matches de l'équipe de France, je regarde à chaque fois. Donc c'est vrai que de chantonner pour la première fois la Marseillaise, ça fait un petit pincement au cœur.

Portes-tu un regard différent du football pratiqué avant par rapport à celui pratiqué aujourd'hui ?

Je pense que de toute façon, dans toutes les générations, le football évoluera. Avant moi, le football était différent, après moi, le football sera encore différent après voilà, je pense que ça va avec l'air du temps. Plus ça va, plus il y a de l'argent. Les choses se modifient aussi. C'est devenu un foot business, mais ça l'était déjà à mon époque, c'était différent. Mais je crois qu'il ne faut pas critiquer. Je pense que le foot amène et procure beaucoup de plaisir à beaucoup de gens. Donc même s'il y a peut être beaucoup d'argent, ça pourra peut-être être distribué. Voilà, c'est comme ça et je souhaite aux autres sports d'évoluer de la même façon et d'en profiter.

Tu es issu du coup de la même génération que William Gallas ou encore Bernard Mendy, vous avez tous eu des parcours différents. Est-ce que tu as des contacts avec eux ?

Non, non. Je crois qu'au fur et à mesure, on a chacun nos vies. On la vie chacun de notre côté. J'ai été très content de les revoir à chaque fois qu'on se croisait. Alors c'est vrai qu'on peut se croiser à un match de gala à Caen, et c'est toujours très agréable de les retrouver. Après, il est vrai qu'on ne se côtoie pas.

Et tu m'avais parlé aussi tout à l'heure de Raymond Domenech, de Nicolas Anelka ou de Malbranque, as-tu gardé contact avec eux ?

Non, non, non. Ce jour, on a parlé, mais on n'a pas gardé de contacts.

Aujourd'hui, tu es président d'un club amateur dans lequel tu as joué lorsque tu étais jeune. Quel est le rôle d'un président dans un club de football et quelles en sont les responsabilités ?

Oui, c'est très simple. Moi, mon rôle était de restructurer un peu le club, de le faire progresser parce que pour moi, il n'était pas à la place où il méritait d'être. Et puis, l'essentiel avant tout, c'est que les enfants soient le mieux encadrer possible et qu'on essaye de les faire progresser un maximum. Mais autant humainement que dans le sportif, parce qu'on a un rôle nous aussi. À côté de ça, il faut leur apprendre certaines qualités, certaines notions de la vie et je pense qu'on est là pour ça.

Peux tu nous parler de ton après carrière sportive ?

Après une carrière sportive, il est toujours difficile de trouver son chemin. J'ai eu la chance, avec un ami, de créer un magasin de sport que je gère depuis maintenant huit ans, donc j'ai les équipements, les clubs de foot et aussi tous les clubs sportifs de la région. Donc ça me permet de continuer dans le domaine du sport et de partager avec les gens notre passion.

Enfin, pour terminer cette interview, est ce que tu peux nous présenter trois sportifs normands qui t'inspirent ou à qui tu souhaiterais rendre hommage ?

C'est vrai que j'ai eu la chance de côtoyer beaucoup de footballeurs. J'aurais une dédicace spéciale pour Pascal Théault, qui a été un très grand joueur de foot au Stade Malherbe de Caen et qui a été un super éducateur aussi. C'est lui qui m'a formé et c'est lui qui m'a donné le pied à l'étrier et qui a été un super joueur. Donc je pense à lui.

Je pense à Nicolas Seube qui a eu aussi de très très belles heures au Stade Malherbe, et qui détient le record d'apparitions et qui est un ami. Et puis autrement, pour changer un peu du foot, j'ai partagé un petit peu avec Maxime Beaussire et c'est vrai que c'est un très très grand sportif.

Je me suis même pas assez ouvert à tous les sportifs qu'on a dans la région. Mais voilà, Maxime a une belle entité par rapport à la Normandie.

Entretien réalisé et mis en page par Damon Spahija. 

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